Peut-on vraiment vendre et manger des insectes en France ? La réponse est oui, mais pas n’importe lesquels, ni sous n’importe quelle forme. Depuis quelques années, criquets, grillons et vers de farine s’invitent légalement dans les rayons européens — barres protéinées, apéritifs, poudres. Derrière ces produits, il y a un cadre juridique précis, souvent mal compris : le règlement « Novel Food ». Cet article fait le point, de façon factuelle, sur ce que dit la réglementation européenne pour la consommation humaine : quelles espèces sont autorisées, sous quelles formes, qui décide, et ce que l’étiquette doit obligatoirement mentionner. Il ne s’agit pas ici de la réglementation pour l’alimentation animale, qui suit un tout autre chemin.
Novel Food : un cadre européen unique
En Europe, les insectes destinés à l’alimentation humaine relèvent du règlement (UE) 2015/2283 relatif aux nouveaux aliments (en anglais Novel Food), applicable depuis le 1er janvier 2018. Le principe est simple : un aliment est considéré comme « nouveau » s’il n’était pas consommé de manière significative dans l’Union avant le 15 mai 1997. Comme les insectes n’entraient pas dans les habitudes alimentaires européennes à cette date, ils tombent dans cette catégorie.
Conséquence directe : aucun insecte ne peut être mis sur le marché comme denrée alimentaire sans autorisation préalable. Cette autorisation n’est pas globale — elle porte sur une espèce donnée, sous une forme donnée (par exemple « larve séchée » ou « poudre ») et pour des usages définis. Un produit qui n’entre pas dans le cadre d’une autorisation existante est tout simplement illégal à la vente. C’est ce mécanisme qui explique pourquoi on ne trouve dans le commerce que quelques espèces, et pas la totalité des insectes comestibles de la planète.
Le statut Novel Food n’est pas un jugement sur la nocivité d’un aliment : il traduit seulement une absence d’historique de consommation dans l’UE avant 1997. Il déclenche une évaluation scientifique de sécurité avant commercialisation. Un insecte autorisé a donc franchi une étape d’analyse des risques que beaucoup d’aliments traditionnels, présents de longue date, n’ont jamais eu à passer.
Les insectes autorisés à la consommation humaine
À ce jour, quatre espèces d’insectes ont obtenu une autorisation de mise sur le marché dans l’UE pour l’alimentation humaine, entre juin 2021 et janvier 2023. Chaque autorisation précise les formes admises et repose sur un règlement d’exécution distinct.
| Espèce (nom courant) | Nom scientifique | Autorisation | Formes admises |
|---|---|---|---|
| Ténébrion meunier (ver de farine jaune) | Tenebrio molitor | Juin 2021 (règl. d’exéc. 2021/882) — 1re autorisée | Larve séchée, puis d’autres formes/procédés (dont poudre de larves entières traitée aux UV, 2025) |
| Criquet migrateur | Locusta migratoria | Novembre 2021 (règl. d’exéc. 2021/1975) | Congelée, séchée, en poudre |
| Grillon domestique | Acheta domesticus | Février 2022 (règl. d’exéc. 2022/188) | Congelé, séché, en poudre ; poudre partiellement dégraissée (2023) |
| Petit ténébrion mat (« ver buffalo ») | Alphitobius diaperinus | Janvier 2023 (règl. d’exéc. 2023/58) | Larve congelée, en pâte, séchée, en poudre |
Attention à une confusion fréquente : on parle de « quatre espèces », mais il existe en réalité davantage d’autorisations. Une même espèce peut faire l’objet de plusieurs feux verts successifs, correspondant à des formes ou des procédés différents (larve entière, poudre dégraissée, poudre traitée aux ultraviolets…), chacun déposé et évalué séparément. Fin 2024, on comptait ainsi plusieurs ingrédients d’insectes autorisés couvrant ces quatre espèces. Pour comprendre ce que sont concrètement ces poudres et farines et où on les trouve, voyez notre article dédié à la farine d’insectes dans l’alimentation humaine.

EFSA et Commission : qui autorise quoi
La procédure d’autorisation d’un nouvel aliment mobilise deux acteurs bien distincts, dont les rôles ne se confondent pas.
- L’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) évalue. Sur saisine de la Commission, ses experts examinent le dossier scientifique déposé par le demandeur : composition, procédé de fabrication, données toxicologiques, risques allergéniques, doses d’usage proposées. À l’issue de cette analyse, l’EFSA rend un avis scientifique — favorable ou non — sur la sécurité de l’aliment.
- La Commission européenne autorise. L’avis de l’EFSA n’est pas la décision finale : c’est la Commission, avec les États membres réunis en comité permanent, qui adopte (ou non) l’autorisation par un règlement d’exécution. L’aliment est alors inscrit sur la liste de l’Union des nouveaux aliments autorisés.
Autrement dit, l’EFSA éclaire, la Commission tranche. Ce partage explique le délai souvent long entre le dépôt d’une demande et l’arrivée du produit en rayon : l’évaluation scientifique, puis le vote réglementaire, prennent chacun du temps.
Le règlement prévoit une protection des données de cinq ans pour l’entreprise qui a financé le dossier scientifique. Pendant cette période, une autorisation peut rester réservée au demandeur : un concurrent ne peut pas simplement s’appuyer sur ses données pour vendre le même produit. C’est un point technique, mais il façonne le marché — d’où l’existence d’autorisations quasi identiques déposées par plusieurs sociétés.
Étiquetage et allergènes : ce qui est obligatoire
Un insecte autorisé ne peut pas être vendu comme un ingrédient anonyme. Son étiquetage obéit aux règles générales d’information du consommateur (règlement INCO (UE) n° 1169/2011), complétées par les exigences propres à chaque autorisation Novel Food.
Deux obligations dominent. D’abord, l’espèce doit être clairement nommée dans la liste des ingrédients, généralement avec son nom courant et son nom scientifique (par exemple « grillon domestique — Acheta domesticus »), ainsi que la forme utilisée. Ensuite, et c’est le point le plus important pour la sécurité, une mention d’allergie est obligatoire.
Les produits contenant des insectes doivent porter, à proximité immédiate de la liste des ingrédients, une mention indiquant que l’ingrédient peut provoquer des réactions allergiques chez les personnes allergiques aux crustacés, aux mollusques et aux acariens. En cause : la tropomyosine, une protéine commune à ces groupes, responsable de réactions croisées. Cette mention n’est pas facultative : elle fait partie des conditions d’autorisation.
La réglementation Novel Food ne se contente pas d’autoriser : elle dicte aussi comment le produit doit être présenté au consommateur, jusqu’à l’avertissement allergène imprimé sur l’emballage.
Où en sont les dossiers en cours
La liste des insectes autorisés n’est pas figée : elle s’allonge au rythme des évaluations. Depuis l’entrée en vigueur du règlement, l’EFSA a publié plusieurs avis favorables sur des insectes, et la Commission continue d’ajouter de nouvelles autorisations — non seulement de nouvelles espèces potentielles, mais aussi de nouvelles formes d’espèces déjà admises (poudres, procédés de traitement). L’autorisation, début 2025, d’une poudre de larves entières de ténébrion meunier traitée aux UV illustre bien cette logique d’élargissement progressif.
De nombreuses demandes restent en cours d’instruction, à différents stades : dossier en évaluation par l’EFSA, ou en attente du vote réglementaire de la Commission et des États membres. La procédure a par ailleurs été précisée par des lignes directrices actualisées de l’EFSA, entrées en application début 2025, qui encadrent la constitution des dossiers. Pour le consommateur, la règle reste néanmoins stable et lisible : ne sont légalement en rayon que les espèces et les formes effectivement inscrites sur la liste de l’Union.
Cette dimension réglementaire n’est qu’une facette du sujet. Si vous débutez et cherchez comment aborder l’entomophagie en pratique, notre guide pour manger des insectes reprend les bases, du choix des produits aux précautions d’usage.
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1. Quel texte encadre la consommation d’insectes dans l’UE ?
Exact : les insectes relèvent du règlement Novel Food (UE) 2015/2283, qui impose une autorisation préalable avant toute mise sur le marché.Non : la vente d’insectes est encadrée au niveau européen par le règlement Novel Food (UE) 2015/2283, pas laissée libre ni gérée par une simple recommandation.
2. Combien d’espèces d’insectes sont autorisées à la consommation humaine dans l’UE ?
Exact : quatre espèces ont été autorisées entre 2021 et 2023, chacune sous des formes précises et via un règlement distinct.Non : seules quatre espèces sont autorisées à ce jour, sous des formes définies. Les autres restent hors du cadre légal de vente.
3. Que doit obligatoirement signaler l’étiquette d’un produit à base d’insectes ?
Exact : une mention d’allergie croisée (crustacés, mollusques, acariens) est imposée à proximité de la liste des ingrédients, à cause de la tropomyosine.Non : l’étiquette doit obligatoirement porter un avertissement sur le risque d’allergie croisée avec crustacés, mollusques et acariens.
En résumé
La consommation d’insectes est légale dans l’Union européenne, mais encadrée par le règlement Novel Food (UE) 2015/2283, applicable depuis 2018 : un insecte est un « nouvel aliment » qui exige une autorisation préalable, par espèce et par forme. La procédure repose sur deux acteurs — l’EFSA évalue la sécurité, la Commission européenne autorise et inscrit l’aliment sur la liste de l’Union. Quatre espèces sont aujourd’hui admises : le ténébrion meunier (ver de farine), le criquet migrateur, le grillon domestique et le petit ténébrion mat (ver buffalo), chacune sous des formes précises. L’étiquetage doit nommer l’espèce et signaler le risque d’allergie croisée avec les crustacés, mollusques et acariens. D’autres formes et espèces sont en cours d’évaluation.
Questions fréquentes
Manger des insectes est-il légal en France et dans l’UE ?
Oui. La commercialisation d’insectes destinés à l’alimentation humaine est légale dans l’Union européenne, mais encadrée par le règlement Novel Food (UE) 2015/2283. Seuls les insectes ayant obtenu une autorisation de mise sur le marché — pour une espèce et une forme données — peuvent être vendus. Un produit hors de ce cadre est illégal à la vente. La consommation personnelle d’insectes prélevés dans la nature n’est, elle, pas interdite ; c’est la commercialisation qui est réglementée.
Quels insectes sont autorisés à la consommation humaine dans l’UE ?
Quatre espèces sont autorisées à ce jour, entre 2021 et 2023 : le ténébrion meunier ou ver de farine (Tenebrio molitor, 2021), le criquet migrateur (Locusta migratoria, 2021), le grillon domestique (Acheta domesticus, 2022) et le petit ténébrion mat, dit « ver buffalo » (Alphitobius diaperinus, 2023). Chaque autorisation précise les formes admises (larve entière, séchée, congelée, en poudre, pâte) et repose sur un règlement d’exécution distinct. Une même espèce peut faire l’objet de plusieurs autorisations selon la forme ou le procédé.
Faut-il indiquer les insectes sur l’étiquette d’un produit alimentaire ?
Oui, obligatoirement. L’espèce doit figurer dans la liste des ingrédients, généralement avec son nom courant et son nom scientifique, ainsi que la forme utilisée. De plus, une mention d’allergie doit être placée à proximité immédiate de la liste des ingrédients : elle avertit que le produit peut provoquer des réactions chez les personnes allergiques aux crustacés, aux mollusques et aux acariens, en raison d’une protéine commune, la tropomyosine.
Quelle différence entre l’autorisation des insectes pour l’humain et pour les animaux ?
Ce sont deux réglementations distinctes. La consommation humaine relève du Novel Food (UE) 2015/2283, avec évaluation de l’EFSA et autorisation par espèce et par forme. L’alimentation animale suit un cadre séparé, celui des protéines animales transformées (PAT), avec ses propres autorisations et calendrier. Un insecte autorisé pour nourrir des animaux ne l’est donc pas automatiquement pour l’humain, et inversement. Les quatre espèces citées ici concernent uniquement l’alimentation humaine.